Le week-end dernier, les 25 et 26 juin 2011, c'était la cinquième édition du Festival européen de 3D de Montlouis-sur-Loire.
Cela ressemblait fortement à un championnat de France 3D, tout y était. Sur les abords du château de Candé, s'abritant du soleil sous des tentes blanches aux toits pointus, les commerçants avaient déployé leurs stands de tee-shirts, de matériels de tir à l'arc, de spécialités viticoles et apicoles de la région. Sous d'autres tentes, des traiteurs s'affairaient pour les déjeuners et le dîner. Bien sûr, il y avait des bénévoles qui vendaient de la fausse monnaie qui permettait à la fois de perdre un peu plus de temps dans les files d'attentes, mais aussi d'acheter des sandwichs, des quiches, de la bière et des sodas. Un monsieur d'âge vénérable vendait, à plein temps, des billets de tombola. Un podium trônait au bord de l'allée que formaient les tentes blanches et faisait face au château. De là, avec son micro, un animateur appelait les pelotons pour les départs du matin. La journée du samedi permettait de sélectionner ceux qui, dans les différentes armes, participeraient aux finales du dimanche.
Mais ce n'était pas un championnat. Ce concours était ouvert aux archers confirmés comme aux débutants, tous les niveaux se côtoyaient, dans la bonne humeur. Et il n'y a pas eu que les finalistes qui ont eu le droit de jouer le dimanche, pendant ce temps, nous les mauvais, on a pu s'exercer à un petit parcours 3DI.
On aurait pu se croire à Strasbourg, au parlement européen, lorsque se débat quelque question financière. On aurait pu s'imaginer dans l'hémicycle européen, par une lourde journée d'été, quand la plupart des élus sont en vacances et qu'il ne reste que de rares représentants de Rome, de Madrid et de Paris (j'en conviens, c'est fort improbable). Des sonorités, des éclats de voix italiens et espagnols se mêlaient aux conversations françaises dans les pelotons au bord de l'eau ou dans les bois, sous les abris, dans les allées du château, sur les pelouses pentues dominant la vallée de la Loire traversée par un gigantesque viaduc ferroviaire. Les « muchas gracias », « grazie mille », « hola », « ciao » éclosaient deci delà au milieu du gravier, de l'herbe ou de l'ombre des arbres. Et les appels des pelotons, les rappels des règles et des consignes étaient systématiquement traduits en espagnol et en italien.
Mais nous n'étions pas au parlement à Strasbourg. A Montlouis, nous avions tous la mine réjouie, sauf le malheureux qui a vu la branche de son longbow se fendre en deux, dimanche matin.
Le parc de Candé ressemblait à l'une de ces grandes réserves animalières qui survivent en Europe depuis trente ans. Les animaux y paissent, chassent et gambadent en liberté. Des biches viennent s'abreuver à l'étang surplombé par le château. Les marmottes se cachent dans les buissons. L'aigle prend son envol d'un tronc mort, un tigre semble se diriger vers le lavoir ancien, une autre bête féroce vaque à ses occupations non loin de l'antique château d'eau en béton qui s’effrite, vestige du temps lointain de notre enfance. Un crocodile se cache dans l'onde trouble d'une retenue d'eau. Un ours nous attend au détour des scintillements de lumière qui filtrent le feuillage des chênes.
Mais à y regarder de plus près, les animaux sont en polymère synthétique et quelques espèces nous font penser que le parc animalier ne pourrait exister que dans un film. Des petits dinosaures dignes de « Jurassic Park » sortent de la forêt ou d'un bosquet. Un requin aux allures « Des dents de la mer », prenant son élan, émerge d'une mare et tente de happer une biche. Un dragon atterrit sur un arbre. Deux dodos se dandinent sur la pelouse et un oiseau tout droit sorti de « Avatar » nous épient du sommet de la tour du château.
Ça ressemble à un championnat, ça a le son du parlement européen et les couleurs de Thoiry, mais c'est le festival 3D de Montlouis. Attention, je vous mets, peut-être, l'eau à la bouche, vous espérez pouvoir profiter l'an prochain du monde parallèle des animaux fantastiques tourangeaux, mais ces bestioles-là sont en voie d'extinction. Les subventions s'amenuisant d'année en année, l'édition de 2012 risque de ne jamais voir le jour.
Mano